Archives Mensuelles: janvier 2013

L’Apprenti-Mage : un conte initiatique

Un jeune homme entendit un jour parler d’un certain Mage qui vivait seul au sommet d’une montagne et qui, comme son titre l’indiquait, possédait certains pouvoirs surnaturels. Le jeune homme chercha aussitôt à se mettre en contact avec lui et, au bout d’une longue quête qui l’aura emmené à surmonter bon nombre d’embûches tant extérieures qu’intérieures, il finit par rencontrer le Mage en question, qui était alors simplement occupé à fendre du bois, près de sa petite chaumière.

Le jeune homme s’élança alors vers lui, et lui demanda aussitôt :

« Maître, j’ai franchi je ne sais combien de monts et de vallées pour enfin vous trouver ! J’ai abandonné tout ce que je possédais chez moi pour me lancer dans cette quête ! Enfin je vous vois, et je ne saurais vous dire à quel point je suis soulagé de constater que vous existez vraiment ! »

Le Mage se tourna lentement vers lui, puis se mit à le regarder d’un regard rempli de compassion.

« Que puis-je pour toi, mon enfant ? », lui demanda-t-il.

« S’il vous plaît, lui répondit le jeune homme, enseignez-moi votre art de magie, dans lequel on vous dit incomparable! Apprenez moi à accomplir tous ces prodiges dans lesquels vous êtes passés Maître ! Montrez-moi comment dompter les éléments, comment déplacer les objets par ma seule pensée, comment dépasser même les limites du temps et de l’espace! Apprenez-moi à soumettre la matière à ma volonté! »…

Le Mage observa attentivement le jeune homme tout au long de son monologue, puis commença à esquisser un sourire bienveillant qui, peu après que son interlocuteur eut finit de parler, se transforma en un petit rire amusé. Puis, le vieil homme se mit soudainement à rire aux éclats, sous l’oeil ébahi de celui qui voulait devenir son nouveau disciple. Reprenant ses esprits, le Mage demanda ensuite à celui-ci :

– Alors comme ça, tu veux apprendre la magie!

– Oui, Maître, de tout mon cœur, de tout mon esprit et de toute ma force!

– Hmm… Tu parles de ton cœur, de ton esprit, et de ta force, ce qui est d’ailleurs bien intéressant… Mais justement, as-tu d’abord appris à les maîtriser?

– Euh… Que voulez-vous dire, exactement ?

Le Maître prit une pause, et regarda le jeune homme avec toute la tendresse qu’une mère peut avoir pour son enfant. Puis, reprenant tranquillement, il lui demanda :

– Tu veux dompter la matière…. Mais as-tu seulement commencé par explorer ton propre corps?

– Explorer mon corps ? Mais je connais bien mon corps! Je suis même capable de prouesses physiques plutôt exceptionnelles pour mon âge ! Par exemple…

L’interrompant, le Mage reprit :

– Es-tu seulement capable de respirer?

– Bien sûr que je respire ! Comment autrement pourrais-je rester en vie?

– C’est une chose d’inspirer et d’expirer…. Mais c’en est une autre de le faire de manière à ce que chacun de tes cellules soit pleinement remplies à chacune de tes inspirations…

Et devant le silence de son interlocuteur, il ajouta :

– Et tu ne pourras jamais devenir un Maître si tu n’as pas d’abord maîtrisé ta respiration.

Le jeune homme réfléchit, puis, retrouvant son courage, s’exclama alors :

– Vous avez raison! Alors, apprenez-moi à respirer!

Il put alors clairement percevoir, dans les yeux du Maître, un sentiment de réelle fierté à son égard… Puis ce dernier répondit :

– Avec le plus grand plaisir!

Le Maître montra alors à son nouveau disciple comment respirer avec son ventre et sa cage thoracique, et comment se concentrer son attention sur chacune de ses inspirations et expirations. Puis, il l’entraîner à demeurer ainsi conscient de sa respiration à chaque instant de sa vie.

Un jour, l’élève finit cependant par lui demander : « Maître, vous m’avez appris à honorer le premier devoir de tout homme envers son propre corps, soit celui de respirer. Je ne saurais trop vous en remercier ! Mais ceci dit, quand commencerais-je l’étude de la magie ? »

Le Mage leva alors les sourcils, puis dit : « Par la respiration, tu as pu commencer à découvrir ton corps. Mais crois-tu donc qu’il suffit de commencer un apprentissage pour en recueillir les fruits ? »

Et devant le silence pantois du jeune homme, il ajouta : « Comment veux-tu apprendre à contrôler ton esprit si tu n’as pas d’abord appris à maîtriser ton corps ? »

Le disciple apprit ensuite à concentrer son attention sur chaque sensation de son corps, à observer celle-ci sans s’y attacher, et à la laisser ainsi se manifester puis disparaître sans même chercher à la modifier. Puis, le Maître lui enseigna à en faire de même avec son esprit, après lui avoir expliqué qu’en fait, « Le corps et l’esprit ne font qu’un » et que « Toute distinction entre l’un et l’autre n’est en fait qu’illusion ».

Arriva enfin le jour où, une fois de plus, le disciple demanda au Maître : « Quand vais-je enfin apprendre à faire de la magie ? »

Et une fois de plus, le Mage observa longuement son apprenti, avant de lui dire :

« Tu commences maintenant à mieux connaître ton corps, ainsi que ton esprit. Mais comment veux-tu apprendre à transformer la matière si tu n’as pas d’abord appris à te transformer toi-même ? »

Le Maître apprit alors au disciple à guérir toute douleur ou tout blocage qu’il pouvait ressentir dans son corps et son esprit, en acceptant pleinement cette sensation, et en la laissant être dans ce qu’elle est. Puis, après lui avoir expliqué que ce pouvoir de guérison n’est en fait qu’une des formes du Pouvoir Ultime animant l’Univers, qu’il lui fit connaître sous le nom d’Amour Universel, il lui apprit à connaître celui-ci sous ses autres formes, et à les employer pour faire passer d’un état négatif à un état positif tout phénomène ou personnage intérieur ou extérieur.

Le disciple apprit ainsi à voir le bon en toute chose et en toute personne, et à tout simplement aimer toute personne et toute chose. Il apprit à générer la vie et la croissance en lui et autour de lui, en sachant accorder ce qui doit être accordé, et en sachant donc répondre adéquatement à tout besoin pouvant se manifester en lui ou autour de lui.

Il apprit à apprécier toute chose et chaque sensation, à éprouver de la gratitude pour tout ce qui peut arriver, à se libérer de tout attachement, à renoncer même à son sentiment d’individualité, à se vider de lui-même, à laisser place à ce qui doit être, et à ne vivre que pour servir la Divinité présente en toute chose et en soi-même.

Puis, après que l’apprenti eut ainsi cheminé pendant plusieurs années, un bon jour vint où le Mage lui demanda : « Alors ! Es-tu enfin prêt à débuter l’étude de la Magie ? »

Or, à cela le disciple répondit finalement :

« Maître, je ne sais comment vous remercier ! Vous m’avez appris à embrasser et chérir tout être et toute chose, à réconforter l’autre comme moi-même, à guérir toute blessure et à anéantir tout mal, à changer ainsi l’Ombre en Lumière, à répandre la paix et à semer la joie, à créer le bonheur et à réaliser que la première personne que je réussi ainsi à rendre heureux, c’est en fait moi-même. Comment pourrais-je demander plus ? Pourquoi chercherais-je à atteindre quoi que ce soit d’autre ? Vous m’avez aidé à trouver ce qui représente non seulement le premier moteur de l’Univers, mais aussi la finalité ultime de l’existence, et vous m’avez même appris son nom, celui de l’Amour. En toute franchise, je ne vois pas comment je pourrais être davantage comblé. »

Le Maître répondit d’abord avec un large sourire dans laquelle pouvaient se lire non seulement la satisfaction du travail accompli, mais surtout un sentiment de totale plénitude. Puis, il déclara :

« Mon fils, tu as maintenant complété ton initiation. Tu n’es maintenant plus un disciple ou un apprenti, ni même un simple magicien, car aujourd’hui, tu sais ce que c’est que d’être un véritable Mage. À toi désormais de suivre ton propre chemin, et de faire usage autant que tu le peux du seul Véritable Pouvoir, celui de l’Amour. Te voilà donc réellement Libre ! Alors va ! Et puisses-tu à chaque instant essaimer l’Amour partout autour de toi, et d’abord en toi-même ! »

Et comme s’apprêtait à partir le nouvel Initié, le coeur rempli de joie et de légèreté, il entendit soudain son Maître l’interpeller une dernière fois, en lui disant :

– Oh, et à propos, en ce qui concerne ta demande initiale…

– Soyez en paix, Maître ! Comme je vous l’ai dit, j’ai renoncé à vouloir contrôler la matière ou l’esprit des autres ! Je n’ai que faire dorénavant de tels pouvoirs, maintenant que j’ai découvert le seul qui compte réellement !

– Et tu prouves ainsi ta Sagesse… Mais sache que, comme le disait si bien le plus grand de tous les Mages, aussi connu sous le nom de Christ, à celui qui cherche d’abord le Royaume et la Justice de Dieu, tout le reste sera donné par surcroît.. Et comme tu as maintenant trouvé en l’Amour le Royaume de Dieu, la Justice de Dieu, le Pouvoir ultime, les autres pouvoirs te seront également rendus accessibles. Tu seras donc emmené à les développer en temps voulu, et ils te seront enseignés par nulle autre que ta propre Âme, ta Présence Divine, par laquelle tu n’es en fait rien de moins que le Créateur lui-même. C’est pourquoi, en bout de ligne, tu pourrais difficilement trouver un meilleur Maître que Toi-Même !

Et alors que l’Initié se préparait pour son départ, tout en paraissant encore occupé à saisir toutes les implications d’une telle révélation, le Maître lui dit adieu en ces termes :

« Va, Étincelle Divine ! Et puissent tes créations lumineuses ne jamais connaître de fin ! »

Charles-Olivier B. Tremblay

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